Égarés

Un chemin parcouru
Par hasard
Un mot prononcé
Distraitement
Un geste
Maladroit
Une promenade
Solitaire
Une caresse
Timide
Un sourire
Sincère
Des mains
Baladeuses
Un envol
Raté
Des jambes
Musclées
Une vie
Inachevée.

Filipa Moreira da Cruz

Photos : Filipa Moreira da Cruz

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Hiver III

De l’autre côté du lac
les cents huits coups
de la cloche du Nouvel An.

Takada Masako
Photo : Filipa Moreira da Cruz

L’hiver s’approfondit
comme s’approfondit
l’affection d’un père.

Iida Ryûta
Photo : Filipa Moreira da Cruz

Nuit de givre
en la prenant dans mes bras
je l’entends vibrer.

Ozawa Minoru

Mal de mer

Reprise

Le monstre l’a englouti
Ça y est, c’est fini!
Il aurait dû le savoir
Il fallait le prévoir
Accroché à son ombril
Sa vie ne tient qu’à un fil
Et soudain…
Il refuse la fin
Le monstre le crache
Le bateau revient à la surface
Les humains, il n’aime pas ça
Il préfère les araignées et les rats
Mais dans la mer, ils se font rares
Alors, il cherche le hasard
Sauf cette fois-ci
Il ne fait rien, il subit
Parfois, la vie est capricieuse
La barque est heureuse
Elle a échappé belle
Un tourbillon d’étincelles
Avant de partir, le petit bonhomme
A promis de retourner ici
Où tout a commencé
Sans pourtant dévoiler
L’identité de cette créature
Qui se promène dans la nature
Le monstre de la mer
Ne sait plus quoi faire
Effrayer les bateaux?
Ou devenir populaire?
En tout cas, il est bien caché
Au fond de l’océan sombre et révolté
Seuls les plus téméraires
Peuvent comprendre la mer.

Filipa Moreira da Cruz

Photos : Filipa Moreira da Cruz

Faire le tour de ma vie

Photo: Filipa Moreira da Cruz

Je vais faire un tour
De la maison
De manège
Du jardin
De ma vie
Je vais faire un tour
À pied
À cheval
En train
En avion
Je vais faire un tour
À la plage
À la campagne
À la montagne
Au paradis
Et qui sait m’envoler
Tel un tour de magie?

Filipa Moreira da Cruz

Nouvel An

Reprise

En voyage
premier réveil de l’année
mon oreiller lavé par les vagues.

Takahashi Mutsuo

Dans l’obscurité de l’aube
le cèdre
s’emplit du Nouvel An.

Fukuda Kineo

Photos : Filipa Moreira da Cruz et Paul Laurent Bressin

On se met au vert

Reprise

Ferme les yeux
Inspire… expire
Le monde se couvre
De bleu et de vert
La Terre est heureuse à nouveau
Seules les fleurs ont le droit
De porter d’autres couleurs
Et nous?
Nous sommes rien ni personne
Face à ce spectacle unique
Et on remercie la nature
Toujours.

Filipa Moreira da Cruz

Photos : Filipa Moreira da Cruz

Un bonheur inattendu

Reprise

Photo : Filipa Moreira da Cruz

Soudain, tu es devenu un nom qu’on a sur le bout de la langue, mais qui ne sort jamais de sa capsule hermétique. J’ai digéré aisement notre séparation. C’est étrange. J’ai même procuré une sensation de bien-être. Une légèreté immédiate. Merci!

Le soleil ne se cache plus derrière les nuages épais. Il brille sans aucune pudeur rechauffant les âmes égarées. Le ciel a récuperé ce bleu dense qui lui va si bien.
Les feuilles, autrefois mortes, dansent sous mes pieds à un rythme effréné, me rappelant que la vie n’est qu’un soupir. Le vert est toujours là et il me fait un clin d’oeil pour que je garde l’espoir. Toujours.

Quant à l’invention d’un bonheur véritable, elle se fera dans le secret. La culpabilité ne doit pas être encoragée. Je serais forcée de ralentir et la paresse deviendra ma meilleure amie jusqu’à ce que fasse le deuil de ma vie d’avant.

Filipa Moreira da Cruz




Nid d’aigle

Photo : Filipa Moreira da Cruz

La même lance
Qui m’a traversé le corps
Sans l’endommager
A atteint ton coeur sauvagement
Tu deviens ma délivrance
Et non plus mon remords
Ton univers rejette la souffrance
Tel géant qui s’endort
Sous la pleine lune
Les morceaux se recollent
Peu à peu
D’un battement d’ailes
Tu t’envoles
Je fuis ma désespérance
Hélas, tu t’accroches à ta méfiance.

Filipa Moreira da Cruz

Thé à la menthe

Photo : Filipa Moreira da Cruz

Le vent caresse mes oreilles
La mer chatouille mes orteils
L’eau fraîche effleure mes lèvres
Les étoiles défient mes rêves
L’ombre cache la lumière du soleil
La nuit tombe et la lune se réveille
Je colorie ma vie comme un peintre
Je divague, j’invente
L’éternité me sourit
J’ai rendez-vous avec l’innouï.

Filipa Moreira da Cruz

Dessous-dessus

Reprise

Photo : Filipa Moreira da Cruz

Les lourdes nuages grises couvrent le ciel
La têmpete arrive
Mon coeur bat la chamade
Rien n’apaise mon état d’âme
Je suis au milieu de la foule
Et portant, je me sens étrangement seule
En fermant mes yeux
Les paupières se décollent doucement
Pour la première fois, je suis apaisée
J’en profite de ce moment
Car je sais qu’il sera bref
Le bonheur est éphemère
Il suffit d’une seconde
Pour que tout bascule
Hélas, la vie reprend le dessus.

Filipa Moreira da Cruz