Bienvenue à Paris

Reprise

L’alarme sonne. La circulation est interrompue.
Un accident? Un malaise d’un passager? Un problème technique? Personne ne sait.
La chaleur est presque insupportable, je manque d’air à cause de ce foutu masque!
J’ai à peine fermé l’oeil la veille, emportée par l’appréhension et l’excitation de ce voyage pas comme les autres.
Pourvu que je ne rate pas mon avion.
Les catacombes sont par là, mais on a bien d’autres choses à faire. Pas le temps pour une rencontre avec le passé.
Moi, c’est le présent que je guette.
Le monsieur debout frôle l’impatience. La petite fille regarde dans le vide, à travers la fenêtre sale.
Je ne prête plus attention à ma montre, car je sais que j’arriverai à temps.

Filipa Moreira da Cruz

Photos : Filipa Moreira da Cruz

Yin et Yang

Photo : KaDDD

Espoir, tendresse
Peur, détresse
Confiance, joie
Méfiance, désarroi
Gaieté, bonheur
Tristesse, malheur
Rêverie, foi
Désillusion, chaqu’un pour soi
Patience, tolérance
Ignorance, inconscience
Amour, soulagement
Horreur, épuisement
Douceur, mélodie
Angoisse, bruit
Impatience, insouciance
Effort, endurance
Amitié, attachement
Colère, histoire sans fin.

Filipa Moreira da Cruz

Quic-en-Groigne

Ni Français, ni Breton, Malouin suis.

Devise de Saint-Malo

L’homme n’a pas besoin de voyager pour s’agrandir ; il porte avec lui l’immensité.

François-René de Chateaubriand

Photos : Filipa Moreira da Cruz

Fougères X

Ma France, quand on a nourri son coeur latin Du lait de votre Gaule, Quand on a pris sa vie en vous, comme le thym, La fougère et le saule, Quand, pendant vos été luisants, où les lézards Sont verts comme des fèves, On a senti fleurir les chansons de Ronsard Au jardin de son rêve, Que l’on ne sait plus bien, quand l’azur de votre oeil Sur le monde flamboie, Si c’est dans sa tendresse ou bien dans son orgueil Qu’on a le plus de joie. ..

Anna de Noailles

Faux-semblant

Photo : KaDDD

Une main qui me salue
Un sourire qui te trahit
Un geste qui vient de loin
Et ton regard étourdi
J’arrive
Et voilà, tu t’en vas
Je suis consommé par la déception
Tandis que tu affiches ton mépris
Deux vies. Deux destins
Faire semblant
Un jeu d’enfants
Jusqu’à quand?
Personne ne sait
Notre amour s’est envolé
On se dispute, on se déchire
À tour de bras, à tour de cœur
Je pense à toi
Et tu penses à ton orgueil et à ton honneur
Nous sommes perdus, paumés
Notre couple est un mirage
Nous vivons des apparences
Pour faire plaisir aux autres
Le temps nous échappe
Je rêve de l’impossible
D’une dernière nuit paisible
En ta compagnie
Je me retourne
Tu es déjà partie.

Filipa Moreira da Cruz

En terre inconnue

Je suis pressée et je défie le temps
J’ai hâte de retrouver le monde au plus vite
Je ne veux plus l’inconnu
Je veux atterrir dans une promesse
Le véritable voyage confronte l’imaginaire à la réalité
Si tu n’espères rien, tout peut se présenter à toi
En revanche, si tu as déjà un modèle bien dessiné tu risques d’être deçu.

Filipa Moreira da Cruz

Photos : Paul Laurent Bressin

Cité corsaire

On ne cherche pas le bonheur, on l’attend.

Reine Malouin
Photo : Filipa Moreira da Cruz

Entourée par des seculaires remparts
Déguisée en dame bleue
Terre d’arrivées et de départs
Colère qui s’exprime par le feu
Cité corsaire de pirates et de marins
La tempête s’annonce
Aujourd’hui, demain?
On l’attend patiemment
La mer éméraude
Et le sable doré et fin
Cachent des trésors
Qui résistent au temps
Le soleil arrive
Sans demander la permission
Il nous libère des journées grises
Le bonheur est un frisson.

Filipa Moreira da Cruz

Une histoire simple

Photo : KaDDD

Théo a 8 ans, mais il est bien plus mature que certains enfants de son âge. Il ne croit pas au père Noël ni aux contes de fées. D’ailleurs, très tôt, il a su que tout cela a été inventé par des adultes qui refusaient de grandir. Bien-sûr, il n’ose pas partager ces arguments avec personne, surtout avec Violette, sa meilleure amie. Contrairement à lui, elle s’accroche à ses rêves de petite fille pour s’échapper de la réalité. Et quand les cris de sa mère sont insupportables et son père devient aussi violent qu’un gros ours incarcéré dans une immense cage elle traverse la rue en courant pour se fondre en larmes dans les bras de mamie Muriel, chez son meilleur ami. À cet instant, elle comprend que ses gâteaux faits maison sont capables de guérir presque tous les bobos.

Théo aime Violette, comme une sœur. Souvent ils ne font qu’un. Mais quand il n’a pas envie d’écouter ses théories sur le monde il se refugie dans sa chambre, en la laissant dans le petit salon avec sa grand-mère. Elle aussi est faite en acier, mais a un cœur en coton. Il est persuadé que c’est mamie Muriel qui a appris à sa maman tous ces trucs pour devenir invincible. Il l’a voit bien, plus jeune, en train de courir derrière les méchants pour sauver le monde. Il n’a jamais connu son père. D’après les deux générations de femmes qui habitent chez lui c’est mieux comme ça. Néanmoins, il aime imaginer que son progéniteur est un espion qui ne pourra jamais révéler son identité pour protéger sa famille.

Il faut dire que Théo est persuadé que certains adultes ont des super pouvoirs. Pas comme les personnages Pokémon ou Fantômas. (Mamie Muriel l’a fait découvrir tous les films de Louis de Funès). Ce sont des gens normaux, mais dès que la nuit tombe, ils se transforment. Et sa mère en fait partie! Elle quitte la maison quand il dort et rentre à l’aube, tous les jours. Il est certain, même si elle ne l’avouera jamais pour ne pas mettre en danger ceux qu’elle aime, Marina Le Roy est un agent secret.

Photo : KaDDD

Marina n’a que 28 ans, mais elle se sent déjà vieille, hors de son temps. Petite elle était belle, avec sa cascade de boucles dorées qui tombaient jusqu’aux épaules, ses grands yeux couleur miel et son nez espiègle. Bonne élève, elle était aussi douée pour le dessin et adorait écrire des histoires. Contrairement à ses camarades de classe, elle aimait l’école. C’était à la maison qu’elle avait peur d’y rester. Elle ne s’est jamais sentie en sécurité dans le petit HLM de cette ville en banlieue sale et peuplée d’individus agressifs et sans pitié. Chaque matin, elle était la première à arriver et la dernière à partir. Sa maîtresse en était fière sans jamais se poser des questions. À croire qu’elle aurait préféré vivre à l’école.

Quand elle a appris qu’elle était enceinte elle a tout de suite su ce qu’il fallait faire: impossible d’avoir un bébé. Elle était trop jeune et venait de décrocher un petit boulot dans une boulangerie. Pendant quelques semaines elle a caché cette grossesse qui la dérangeait. Mais, quand le temps est venu, elle n’a pas pu! Elle n’osait pas tuer cette petite chose qui grandissait dans son ventre. Théo est arrivé un 7 mai ensoleillé pour basculer son monde, changer son code de conduite, remplir ce grand vide, réclamant de l’affection qu’elle craignait être incapable de lui donner.

Contre toutes ses atteintes, elle se montre dévouée à ce petit bébé si fragile et, au même temps, plein d’énergie et de force. Elle a du quitter son petit appartement à deux pas du Sacré Cœur. Pas question de vivre en colocation avec un enfant! Et la voilà, de retour dans cette ville qu’elle déteste. Là, où on n’est plus à Paris, mais pas encore dans un autre endroit paisible. À mi-chemin entre ce qu’il aurait pu être et ce qu’il ne sera jamais existe un espace rempli d’immeubles laids avec des gens qui ont désisté de la vie.

Marina avait l’espoir que son quartier d’enfance aurait un peu changé. Au long du trajet, dans le métro, elle imaginait des parcs, un petit lac, des maisons de différentes couleurs. Elle y croyait, car elle en avait besoin. Sa mère ne s’est pas montrée très tendre et le reprochait d’avoir gâché sa vie. Elle se revoit dans sa fille quand elle aussi a du quitter la campagne pour ne pas être mise à l’écart. Un enfant à 18 ans avec le fils de monsieur le Maire. Elle n’a pas honte cette pauvre gamine!

Théo a réussi à les rapprocher. Ce petit garçon a même était capable de guérir les plaies ouvertes depuis longtemps. Un miracle de la vie!

Et quand Marina se sent perdue elle demande à sa mère :

– Et maintenant, ont fait quoi?

– On continue à vivre comme depuis 8 ans – lui répond Muriel avec un discret sourire, car elle sait qu’il ne faut pas trop abuser du bonheur.

Filipa Moreira da Cruz

Tête en l’air

Photo : Filipa Moreira da Cruz

Elle oublie les clés de la maison, de faire les courses, de préparer à manger et même d’aller chercher les enfants à l’école. Les pauvres!
Son mari lui dit souvent:
– Un jour, tu perdras ta tête, c’est sur!
Elle s’endort debout, elle rêve éveillée, elle écrit des lettres d’amour que personne ne lit.
Elle pense à sa jeunesse, l’insouciance de ne pas craindre le lendemain.
Elle l’aime, mais n’ose pas lui dire. Elle veut s’enfuir à l’autre bout du monde, mais n’a pas le courage de faire sa valise.
Elle ne vit plus, elle survit, à peine. Elle est épuisée.
Elle vit entre deux mondes, mais elle n’appartient à aucun.
Elle joue le rôle de l’épouse parfaite, la mère bienveillante, l’amie complice, la fille modèle.
Elle oublie ses désirs et se laisse aller. Elle s’efface, se fait petite et transparente.
Et puis un jour…
Elle prend le large, en laissant tomber ce sentiment de culpabilité qui l’a accompagné depuis tant d’années. Les enfants ont grandi et ont quitté le foyer. Son mari est devenu vieux et aigris.
Finalement, elle s’autorise le goût du bonheur, sans peur de perdre la tête!

Filipa Moreira da Cruz



Fougères III

Qu’est-ce que la Tourque?
C’est un endroit.
De quel côté?
Du côté de Fougères…
prenez garde on se bat par là.

Victor Hugo

Photos: Filipa Moreira da Cruz