Coup sur coup…

J’ai jeté un coup d’oeil
Je n’osais pas le déranger
Après le coup de téléphone
Je l’ai posé la question
Sa réponse a eu l’effet d’un coup de poing
Autant vous dire
Que j’aurais préféré me guérir d’un coup de soleil
Juste ma peau serait abîmée
Il était si loin le coup de foudre
L’ amour dure trois jours
Tout d’un coup
Il change d’avis
Et il part d’un coup de vent
J’essaie de le persuader
Cela ne coûte rien de tenter le coup
Hélas…
Il est impulsif et agit souvent sur un coup de tête
Son comportement m’agace
D’un seul coup, je me rends compte
Que sa patisserie est restée sur la table
Alors, pour éviter le coup de barre
Je la mange, sans aucun regret.

Filipa Moreira da Cruz

Photos : Filipa Moreira da Cruz



Solitaire

Photo : Filipa Moreira da Cruz

Cette journée sera la mienne
Je suis une bohémienne
Le soleil caresse le sable doré
Et je sens les coquillages sous mes pieds
Je repousse les reproches et les regrets
Peu à peu, je dévoile mon jardin secret
Je suis narguée par une insolente tranquilité
J’affiche un sourire empreint de sérénité
Mon regard dégage des promesses
Mon corps est rempli de tendresse
Je chasse les moments envoûtants
Je savoure l’instant présent.

Filipa Moreira da Cruz

Un certain été

Tu te souviens de l’eau chaude et du soleil brûlant?
Des longues journées sans lendemain
Des promenades en bateau
Des balades en vélo
De nos caresses
De nos promesses
De nos baisers timides
De nos conversations futiles et stupides
Des chaises rouges qui nous attendaient face à la mer
Dans cette belle ville balnéaire

Pendant ces jours magiques à Nice
Nos désirs sont devenus des caprices
Nous nous sommes promis de jamais nous quitter
Mais parfois la vie est remplie de contrariétés
Certains amours sont faits pour durer
Tandis que d’autres finissent après l’été
Hélas, le temps est passé à toute vitesse
Et il nous a laissé que des miettes
Aujourd’hui, encore, je pleure
Quand je pense à tes yeux verts et à ta pâleur.

Filipa Moreira da Cruz

Photos : Paul Laurent Bressin

P.S. Je dédie ce poème à mon cher ami Paul Laurent Bressin, l’auteur des photos.

The yellow house

Photo : Paul Laurent Bressin

Everytime she was feeling blue
She thought of good old times in the yellow house
When winters were cold and bitter
She kept dreaming of the yellow house
If she was scared of something
She thought she was in the yellow house
Whenever she missed her loved ones
She looked at the pictures of the yellow house
If life was too hard on her
She snapped her fingers and pretended she was in the yellow house
In case the moon wouldn’t show up
She would think of the bright yellow wall that covered her house
The one where she was born, got married, gave birth and buried her husband
The house that welcomed her family, friends, pets and memories
All her life remains in the silence of the yellow house
One day I will go back, she often said
But days became weeks and the weeks became months
Months turned into years and then…
Her hair went grey and her bones shrank
She got sick, she knew her time had come
When she saw the angel opening his arms
She closed her eyes and whispered
Please, take me home to the yellow house.

Filipa Moreira da Cruz

Life is a party

Photo : KaDDD

Life is a party
With fireworks, loud music and colorful balloons
We are both the hosts and the guests.
We dance, we sing, we have fun until the end

Life is party
That takes place in a beautiful stage
We are both the actors and the audience
And everybody knows their own role

Life is a party
Where we are punished for being happy
Others think we are crazy whenever we laugh
Dreams, joy and hope are not welcome

Life is a party
With animals and sad clowns
Nothing is real, but we love the applause
And children are part of it

Life is a party
Where we are all victims and prisoners
Of our fears, our regrets, our mistakes
But we keep trying

Life is a party
Please, wake me up when the fuss is over.

Filipa Moreira da Cruz

Une histoire simple

Photo : KaDDD

Théo a 8 ans, mais il est bien plus mature que certains enfants de son âge. Il ne croit pas au père Noël ni aux contes de fées. D’ailleurs, très tôt, il a su que tout cela a été inventé par des adultes qui refusaient de grandir. Bien-sûr, il n’ose pas partager ces arguments avec personne, surtout avec Violette, sa meilleure amie. Contrairement à lui, elle s’accroche à ses rêves de petite fille pour s’échapper de la réalité. Et quand les cris de sa mère sont insupportables et son père devient aussi violent qu’un gros ours incarcéré dans une immense cage elle traverse la rue en courant pour se fondre en larmes dans les bras de mamie Muriel, chez son meilleur ami. À cet instant, elle comprend que ses gâteaux faits maison sont capables de guérir presque tous les bobos.

Théo aime Violette, comme une sœur. Souvent ils ne font qu’un. Mais quand il n’a pas envie d’écouter ses théories sur le monde il se refugie dans sa chambre, en la laissant dans le petit salon avec sa grand-mère. Elle aussi est faite en acier, mais a un cœur en coton. Il est persuadé que c’est mamie Muriel qui a appris à sa maman tous ces trucs pour devenir invincible. Il l’a voit bien, plus jeune, en train de courir derrière les méchants pour sauver le monde. Il n’a jamais connu son père. D’après les deux générations de femmes qui habitent chez lui c’est mieux comme ça. Néanmoins, il aime imaginer que son progéniteur est un espion qui ne pourra jamais révéler son identité pour protéger sa famille.

Il faut dire que Théo est persuadé que certains adultes ont des super pouvoirs. Pas comme les personnages Pokémon ou Fantômas. (Mamie Muriel l’a fait découvrir tous les films de Louis de Funès). Ce sont des gens normaux, mais dès que la nuit tombe, ils se transforment. Et sa mère en fait partie! Elle quitte la maison quand il dort et rentre à l’aube, tous les jours. Il est certain, même si elle ne l’avouera jamais pour ne pas mettre en danger ceux qu’elle aime, Marina Le Roy est un agent secret.

Photo : KaDDD

Marina n’a que 28 ans, mais elle se sent déjà vieille, hors de son temps. Petite elle était belle, avec sa cascade de boucles dorées qui tombaient jusqu’aux épaules, ses grands yeux couleur miel et son nez espiègle. Bonne élève, elle était aussi douée pour le dessin et adorait écrire des histoires. Contrairement à ses camarades de classe, elle aimait l’école. C’était à la maison qu’elle avait peur d’y rester. Elle ne s’est jamais sentie en sécurité dans le petit HLM de cette ville en banlieue sale et peuplée d’individus agressifs et sans pitié. Chaque matin, elle était la première à arriver et la dernière à partir. Sa maîtresse en était fière sans jamais se poser des questions. À croire qu’elle aurait préféré vivre à l’école.

Quand elle a appris qu’elle était enceinte elle a tout de suite su ce qu’il fallait faire: impossible d’avoir un bébé. Elle était trop jeune et venait de décrocher un petit boulot dans une boulangerie. Pendant quelques semaines elle a caché cette grossesse qui la dérangeait. Mais, quand le temps est venu, elle n’a pas pu! Elle n’osait pas tuer cette petite chose qui grandissait dans son ventre. Théo est arrivé un 7 mai ensoleillé pour basculer son monde, changer son code de conduite, remplir ce grand vide, réclamant de l’affection qu’elle craignait être incapable de lui donner.

Contre toutes ses atteintes, elle se montre dévouée à ce petit bébé si fragile et, au même temps, plein d’énergie et de force. Elle a du quitter son petit appartement à deux pas du Sacré Cœur. Pas question de vivre en colocation avec un enfant! Et la voilà, de retour dans cette ville qu’elle haie. Là, où on n’est plus à Paris, mais pas encore dans un autre endroit paisible. À mi-chemin entre ce qu’il aurait pu être et ce qu’il ne sera jamais existe un espace remplie d’immeubles laids avec des gens qui ont désisté de la vie.

Marina avait l’espoir que son quartier d’enfance aurait un peu changé. Au long du trajet, dans le métro, elle imaginait des parcs, un petit lac, des maisons de différentes couleurs. Elle y croyait, car elle en avait besoin. Sa mère ne s’est pas montrée très tendre et le reprochait d’avoir gâché sa vie. Elle se revoit dans sa fille quand elle aussi a du quitter la campagne pour ne pas être mise à l’écart. Un enfant à 18 ans avec le fils de monsieur le Maire. Elle n’a pas honte cette pauvre gamine!

Théo a réussi à les rapprocher. Ce petit garçon a même était capable de guérir les plaies ouvertes depuis longtemps. Un miracle de la vie!

Et quand Marina se sent perdue elle demande à sa mère :

– Et maintenant, ont fait quoi?

– On continue à vivre comme depuis 8 ans. – lui répond Muriel avec un discret sourire, car elle sait qu’il ne faut pas trop abuser du bonheur.

Filipa Moreira da Cruz

Le nuage gris

Photo : Filipa Moreira da Cruz

Elle n’arrivait pas à se débarrasser du nuage gris qui dansait au-dessus de sa tête. Invisible, nocif, puissant. Elle s’amusait à chercher des failles chez les autres pour oublier ses propres blessures, si profondes.

Il avait le soleil dans son cœur et les personnes autour de lui se nourrissaient de la lumière qu’il émanait. Sa démarche était si légère comme une caresse en été.

Un jour, il quitta ce monde sans faire de bruit. Épuisé, transparent et vidé de l’énergie qui a, longtemps, réconforté les âmes égarées.

Elle rentra dans une spirale auto destructrice pour se punir. Elle l’aimait, mais n’a jamais osé lui dire et encore moins le démontrer.

Le manque d’affection, les mots qui blessent, les gestes brusques l’auraient-ils le tuer? Elle en est presque sûre et pourtant, n’arrive toujours pas à se débarrasser de ce maudit nuage gris qui danse constamment au-dessus de sa tête.

Filipa Moreira da Cruz