L’encre et l’écrivain

Journée Mondiale du Livre et du Droit d’Auteur

Photo : Filipa Moreira da Cruz

Plume, stylo ou crayon
Les chagrins deviennent du bonheur
Les doigts qui glissent
Sur le clavier de l’ordinateur
Ou ceux qui dansent au son
Du rythme frénétique
D’une vieille machine à écrire

Le cœur s’accélère
Le sang frappe la tête
D’un coup violent
Les gouttes de sueur
Effleurent mon front
La respiration s’arrête
Le temps d’une pensée

L’inspiration est autant
Divine que capricieuse
Hélas, un mot!
Qui donne de l’existence
À toute ma vie
Je suis libre à nouveau
Et je m’en réjouis.

Filipa Moreira da Cruz

À contresens

Journée Mondiale de la Terre

Reprise
Photo : KaDDD

On court, on court, on court
Après qui? Après quoi? Personne ne sait!
On gagne, on dépense, on jette, on gaspille
On écrase, on efface, on renie, on oublie

Le temps nous échappe
La famille et les amis sont que des souvenirs
D’abord le travail, il faut arriver en premier
C’est une course contre la montre
On a tous peur de ne pas réussir, d’échouer, de mourir sans avoir vécu

Et voilà que le grand méchant virus arrive pour nous dire:
il faut rester unis, il faut se préserver, il faut se confiner, il faut s’écouter

Le temps, notre ennemi, devient long et perméable
Certains retrouvent des goûts oubliés, d’autres se rendent compte que leurs proches sont toujours là
Les parents deviennent des professeurs, des psychologues, des infirmiers
Et des cuisiniers dignes d’une étoile Michelin

Embrasser c’est interdit, mais c’est l’amour qui va nous maintenir en vie
Et la Terre dit… merci!
Elle peut à nouveau respirer.

Filipa Moreira da Cruz

Cité corsaire

On ne cherche pas le bonheur, on l’attend.

Reine Malouin
Photo : Filipa Moreira da Cruz

Entourée par des seculaires remparts
Déguisée en dame bleue
Terre d’arrivées et de départs
Colère qui s’exprime par le feu
Cité corsaire de pirates et de marins
La tempête s’annonce
Aujourd’hui, demain?
On l’attend patiemment
La mer éméraude
Et le sable doré et fin
Cachent des trésors
Qui résistent au temps
Le soleil arrive
Sans demander la permission
Il nous libère des journées grises
Le bonheur est un frisson.

Filipa Moreira da Cruz

Entre parenthèses

Photo : Filipa Moreira da Cruz

Je voudrais arrêter le temps
Fermer les yeux et savourer ce moment

Je voudrais lâcher prise
Et profiter de chaque surprise

Je voudrais que le monde fasse une pause
C’est impossible, je sais. Et pour cause…

Je voudrais voir à nouveau ceux qui sont partis
Et les retrouver tous ici

Je voudrais que mes rêves se concrétisent
Ce n’est pas une bêtise!

Je voudrais ne plus penser au lendemain
Et vivre juste l’instant présent

Je voudrais un tas de choses
Hélas, je suis réaliste, mais ma tête explose

Je voudrais me glisser dans les pages d’un livre
Et enfin commencer à me sentir libre

Je voudrais tout et rien
Peut-être, je serai encore là demain.

Filipa Moreira da Cruz

Trois jours à tuer

Reprise

Photo : Filipa Moreira da Cruz

Et si on avait que trois jours à tuer?
Et si on arrêtait de courir, de souffrir?
Et si on devait tout finir aujourd’hui?
Et si tout ce qu’on a est ici?
Et si on avait le pouvoir de sauver le monde?
Et si on était comme quiconque?
Et si l’univers n’existait plus?
Et si tous les autres étaient disparus?
Et s’il nous restait que trois jours?
Je ferme les yeux en pensant à mon parcours
Et si hier était déjà trop tard pour t’adoucir?
Pour tout faire, tout apprendre, tout réussir?
Et si je m’en fiche et je fais semblant?
Et s’il n’y aura plus de lendemain?
Je défie le temps
Et je vis chaque instant.

Filipa Moreira da Cruz

Le nuage gris

Photo : Filipa Moreira da Cruz

Elle n’arrivait pas à se débarrasser du nuage gris qui dansait au-dessus de sa tête. Invisible, nocif, puissant. Elle s’amusait à chercher des failles chez les autres pour oublier ses propres blessures, si profondes.

Il avait le soleil dans son cœur et les personnes autour de lui se nourrissaient de la lumière qu’il émanait. Sa démarche était si légère comme une caresse en été.

Un jour, il quitta ce monde sans faire de bruit. Épuisé, transparent et vidé de l’énergie qui a, longtemps, réconforté les âmes égarées.

Elle rentra dans une spirale auto destructrice pour se punir. Elle l’aimait, mais n’a jamais osé lui dire et encore moins le démontrer.

Le manque d’affection, les mots qui blessent, les gestes brusques l’auraient-ils le tuer? Elle en est presque sûre et pourtant, n’arrive toujours pas à se débarrasser de ce maudit nuage gris qui danse constamment au-dessus de sa tête.

Filipa Moreira da Cruz

Ensemble

Dans le bleu Picasso
un jeune homme
qui souffre.

Mitsuhashi Toshio
Photo : Filipa Moreira da Cruz

Cinquante années passées ensemble
dis-moi
que tu les as aimées!

Hashimoto Mudô

Hiver IV

Sur le mur des jours courts
s’ouvrent les poèmes
de la lande fanée.

Terayama Shûji

Le pin perd ses aguilles
toujours la neige
chaque fois que j’ouvre les yeux.

Katô Shûson

Photos : Filipa Moreira da Cruz

Carrousel

Janvier est arrivé
Sans aucune invitation
Il s’est installé placidement
Au premier rang du manège
Et il nous nargue.

Filipa Moreira da Cruz

Photos : Filipa Moreira da Cruz

Hiver II

Il a brûlé
couleur de viscères
le calendrier de l’an passé.

Takahashi Mutsuo

Photos : Filipa Moreira da Cruz