Sentiments troublants

Photo: KaDDD

Manipulation, intrusion
Sincérité, paix
Souffrance, impuissance
Sourire, désir
Oubli, mélancolie
Vérité, éternité
Danger, regret
Sagesse, tendresse
Vengeance, urgence
Hypocrisie, nostalgie
Bonheur, douceur
Mensonge, vergogne
Dévotion, émotion
Monotonie, ennui
Adoration, révélation
Faim, épuisement
Sommeil, réveil
Envie, vie.

Filipa Moreira da Cruz

Yin et Yang

Photo : KaDDD

Espoir, tendresse
Peur, détresse
Confiance, joie
Méfiance, désarroi
Gaieté, bonheur
Tristesse, malheur
Rêverie, foi
Désillusion, chaqu’un pour soi
Patience, tolérance
Ignorance, inconscience
Amour, soulagement
Horreur, épuisement
Douceur, mélodie
Angoisse, bruit
Impatience, insouciance
Effort, endurance
Amitié, attachement
Colère, histoire sans fin.

Filipa Moreira da Cruz

Une vie

Photo : Filipa Moreira da Cruz

Ma force devient une faiblesse
Ma grandeur frôle l’imperfection
Ma fierté se transforme en éffroi
Ma résilience n’est qu’une illusion
J’échange les jours par les nuits
Je préfère le silence au mots mal placés
Je m’acccroche à la vie
Même si la mort me chasse
Et mes pensées changent de couleur
Une angoisse hybride traverse mon esprit tourmenté
La peur masque le courage
Mais je retrouve ma sérénité.

Filipa Moreira da Cruz

Faux-semblant

Photo : KaDDD

Une main qui me salue
Un sourire qui te trahit
Un geste qui vient de loin
Et ton regard étourdi
J’arrive
Et voilà, tu t’en vas
Je suis consommé par la déception
Tandis que tu affiches ton mépris
Deux vies. Deux destins
Faire semblant
Un jeu d’enfants
Jusqu’à quand?
Personne ne sait
Notre amour s’est envolé
On se dispute, on se déchire
À tour de bras, à tour de cœur
Je pense à toi
Et tu penses à ton orgueil et à ton honneur
Nous sommes perdus, paumés
Notre couple est un mirage
Nous vivons des apparences
Pour faire plaisir aux autres
Le temps nous échappe
Je rêve de l’impossible
D’une dernière nuit paisible
En ta compagnie
Je me retourne
Tu es déjà partie.

Filipa Moreira da Cruz

Une histoire simple

Photo : KaDDD

Théo a 8 ans, mais il est bien plus mature que certains enfants de son âge. Il ne croit pas au père Noël ni aux contes de fées. D’ailleurs, très tôt, il a su que tout cela a été inventé par des adultes qui refusaient de grandir. Bien-sûr, il n’ose pas partager ces arguments avec personne, surtout avec Violette, sa meilleure amie. Contrairement à lui, elle s’accroche à ses rêves de petite fille pour s’échapper de la réalité. Et quand les cris de sa mère sont insupportables et son père devient aussi violent qu’un gros ours incarcéré dans une immense cage elle traverse la rue en courant pour se fondre en larmes dans les bras de mamie Muriel, chez son meilleur ami. À cet instant, elle comprend que ses gâteaux faits maison sont capables de guérir presque tous les bobos.

Théo aime Violette, comme une sœur. Souvent ils ne font qu’un. Mais quand il n’a pas envie d’écouter ses théories sur le monde il se refugie dans sa chambre, en la laissant dans le petit salon avec sa grand-mère. Elle aussi est faite en acier, mais a un cœur en coton. Il est persuadé que c’est mamie Muriel qui a appris à sa maman tous ces trucs pour devenir invincible. Il l’a voit bien, plus jeune, en train de courir derrière les méchants pour sauver le monde. Il n’a jamais connu son père. D’après les deux générations de femmes qui habitent chez lui c’est mieux comme ça. Néanmoins, il aime imaginer que son progéniteur est un espion qui ne pourra jamais révéler son identité pour protéger sa famille.

Il faut dire que Théo est persuadé que certains adultes ont des super pouvoirs. Pas comme les personnages Pokémon ou Fantômas. (Mamie Muriel l’a fait découvrir tous les films de Louis de Funès). Ce sont des gens normaux, mais dès que la nuit tombe, ils se transforment. Et sa mère en fait partie! Elle quitte la maison quand il dort et rentre à l’aube, tous les jours. Il est certain, même si elle ne l’avouera jamais pour ne pas mettre en danger ceux qu’elle aime, Marina Le Roy est un agent secret.

Photo : KaDDD

Marina n’a que 28 ans, mais elle se sent déjà vieille, hors de son temps. Petite elle était belle, avec sa cascade de boucles dorées qui tombaient jusqu’aux épaules, ses grands yeux couleur miel et son nez espiègle. Bonne élève, elle était aussi douée pour le dessin et adorait écrire des histoires. Contrairement à ses camarades de classe, elle aimait l’école. C’était à la maison qu’elle avait peur d’y rester. Elle ne s’est jamais sentie en sécurité dans le petit HLM de cette ville en banlieue sale et peuplée d’individus agressifs et sans pitié. Chaque matin, elle était la première à arriver et la dernière à partir. Sa maîtresse en était fière sans jamais se poser des questions. À croire qu’elle aurait préféré vivre à l’école.

Quand elle a appris qu’elle était enceinte elle a tout de suite su ce qu’il fallait faire: impossible d’avoir un bébé. Elle était trop jeune et venait de décrocher un petit boulot dans une boulangerie. Pendant quelques semaines elle a caché cette grossesse qui la dérangeait. Mais, quand le temps est venu, elle n’a pas pu! Elle n’osait pas tuer cette petite chose qui grandissait dans son ventre. Théo est arrivé un 7 mai ensoleillé pour basculer son monde, changer son code de conduite, remplir ce grand vide, réclamant de l’affection qu’elle craignait être incapable de lui donner.

Contre toutes ses atteintes, elle se montre dévouée à ce petit bébé si fragile et, au même temps, plein d’énergie et de force. Elle a du quitter son petit appartement à deux pas du Sacré Cœur. Pas question de vivre en colocation avec un enfant! Et la voilà, de retour dans cette ville qu’elle déteste. Là, où on n’est plus à Paris, mais pas encore dans un autre endroit paisible. À mi-chemin entre ce qu’il aurait pu être et ce qu’il ne sera jamais existe un espace rempli d’immeubles laids avec des gens qui ont désisté de la vie.

Marina avait l’espoir que son quartier d’enfance aurait un peu changé. Au long du trajet, dans le métro, elle imaginait des parcs, un petit lac, des maisons de différentes couleurs. Elle y croyait, car elle en avait besoin. Sa mère ne s’est pas montrée très tendre et le reprochait d’avoir gâché sa vie. Elle se revoit dans sa fille quand elle aussi a du quitter la campagne pour ne pas être mise à l’écart. Un enfant à 18 ans avec le fils de monsieur le Maire. Elle n’a pas honte cette pauvre gamine!

Théo a réussi à les rapprocher. Ce petit garçon a même était capable de guérir les plaies ouvertes depuis longtemps. Un miracle de la vie!

Et quand Marina se sent perdue elle demande à sa mère :

– Et maintenant, ont fait quoi?

– On continue à vivre comme depuis 8 ans – lui répond Muriel avec un discret sourire, car elle sait qu’il ne faut pas trop abuser du bonheur.

Filipa Moreira da Cruz

Chemins croisés

Photo : KaDDD

Je rate le train exprès
Je perds pied
Je garde l’espoir… qui sait?
D’un jour te revoir
J’erre, je n’existe plus
Je suis devenue somnambule
L’insomnie
Est ma seule compagnie
Le reste du monde s’en gouffre
Tandis que je souffre
De ton absence
De la tendresse de tes gestes
Et ta subtile maladresse
Jusqu’à quand?
Une seconde, un lourd instant
Aujourd’hui c’est déjà hier
Une sensation meurtrière
Et demain s’annonce
Si loin et incertain.

Filipa Moreira da Cruz

Coup de vent

Photo : KaDDD

Il ne rentre pas dans le moule
Il s’éloigne de la foule
Il ne remplit aucune case
Il s’efface, il s’écrase
Il ne croit à personne
Les mauvais coups, il les collectionne
Il a oublié la gaité et la légèreté
Il est souvent contrarié
Il se culpabilise
Et les autres l’utilisent
Il a perdu l’espoir
Il est devenu la bête noire
Il pense à quitter ce monde
Si laid, si immonde
Mais souvent, il change d’avis
Il se reprend en main et réagit
Il a compris qu’il n’est pas seul
Au long de la traversée de son deuil
Il a encore ses plus chers amis
Et cela le suffit!

Filipa Moreira da Cruz

Tête en l’air

Photo : Filipa Moreira da Cruz

Elle oublie les clés de la maison, de faire les courses, de préparer à manger et même d’aller chercher les enfants à l’école. Les pauvres!
Son mari lui dit souvent:
– Un jour, tu perdras ta tête, c’est sur!
Elle s’endort debout, elle rêve éveillée, elle écrit des lettres d’amour que personne ne lit.
Elle pense à sa jeunesse, l’insouciance de ne pas craindre le lendemain.
Elle l’aime, mais n’ose pas lui dire. Elle veut s’enfuir à l’autre bout du monde, mais n’a pas le courage de faire sa valise.
Elle ne vit plus, elle survit, à peine. Elle est épuisée.
Elle vit entre deux mondes, mais elle n’appartient à aucun.
Elle joue le rôle de l’épouse parfaite, la mère bienveillante, l’amie complice, la fille modèle.
Elle oublie ses désirs et se laisse aller. Elle s’efface, se fait petite et transparente.
Et puis un jour…
Elle prend le large, en laissant tomber ce sentiment de culpabilité qui l’a accompagné depuis tant d’années. Les enfants ont grandi et ont quitté le foyer. Son mari est devenu vieux et aigris.
Finalement, elle s’autorise le goût du bonheur, sans peur de perdre la tête!

Filipa Moreira da Cruz



Le nuage gris

Photo : Filipa Moreira da Cruz

Elle n’arrivait pas à se débarrasser du nuage gris qui dansait au-dessus de sa tête. Invisible, nocif, puissant. Elle s’amusait à chercher des failles chez les autres pour oublier ses propres blessures, si profondes.

Il avait le soleil dans son cœur et les personnes autour de lui se nourrissaient de la lumière qu’il émanait. Sa démarche était si légère comme une caresse en été.

Un jour, il quitta ce monde sans faire de bruit. Épuisé, transparent et vidé de l’énergie qui a, longtemps, réconforté les âmes égarées.

Elle rentra dans une spirale auto destructrice pour se punir. Elle l’aimait, mais n’a jamais osé lui dire et encore moins le démontrer.

Le manque d’affection, les mots qui blessent, les gestes brusques l’auraient-ils le tuer? Elle en est presque sûre et pourtant, n’arrive toujours pas à se débarrasser de ce maudit nuage gris qui danse constamment au-dessus de sa tête.

Filipa Moreira da Cruz

Le temps des adieux

Photo : Filipa Moreira da Cruz

Elle est née sous une bonne étoile
Mais sa vie a emprunté un autre chemin
Résignée, elle a accepté son nouveau destin
Le bonheur ne lui ressemble pas
Elle préfère être seule, dans son coin
Depuis longtemps elle y songe
À ce voyage à sens unique
Elle a déjà tout réfléchi
Ou presque
Elle a oublié la culpabilité qui la ronge
Une vidéo pour la famille
Et une lettre pour sa meilleure amie
Ah, sa meilleure amie!
Une sœur, une complice, une confidente
Si différente, et pourtant…
La seule capable de la maintenir ici
Malgré sa mince résistance, il est trop tard
Même si parfois elle y pense encore
Et si?!
Hélas, la douleur revient
Plus forte, plus coriace, plus intrusive
Cette douleur qui la mange vive
Son corps souffre en permanence
Et son esprit prend son mal en patience
Elle est résolue dans sa tête
Demain, sera le dernier jour de fête
Après, on pourra l’apercevoir
Parmi les étoiles et la poussière
En train de chanter et de danser
L’hymne de la liberté.

Filipa Moreira da Cruz